Il était une fois, dans un petit village entouré de collines vertes et de rivières chantantes, un garçon nommé Léo. Léo avait dix ans, les cheveux ébouriffés comme le vent et des yeux brillants de curiosité. Chaque matin, il se levait avant le soleil pour écouter les oiseaux chanter depuis la fenêtre de sa chambre. Mais malgré la beauté de son village, Léo se sentait souvent seul. Ses parents travaillaient beaucoup, et les autres enfants de l’école vivaient loin de chez lui.
Un jour, alors qu’il se promenait dans le vieux verger derrière la maison de sa grand-mère, Léo entendit un bruit étrange. C’était un léger gémissement, comme celui d’un animal perdu. Il s’approcha doucement, écartant les herbes hautes, et découvrit… un petit écureuil. Son pelage roux était sale et ses pattes tremblaient.
— « Oh, pauvre petit ! » murmura Léo.
Il prit délicatement l’écureuil dans ses mains et le ramena à la maison.
Sa grand-mère, une vieille dame au sourire tendre, l’aida à soigner la petite bête. Ils lui donnèrent quelques noisettes et un peu d’eau. Après quelques jours, l’écureuil retrouva sa force. Léo l’appela Rouxy.
À partir de ce jour, Rouxy suivait Léo partout : dans le jardin, au bord de la rivière, et même sur le chemin de l’école. Léo avait enfin trouvé un ami fidèle.
Mais le destin avait encore une surprise pour lui.
La rencontre avec Mia
Un matin d’automne, alors que les feuilles tombaient comme des flocons dorés, une nouvelle élève arriva à l’école. Elle s’appelait Mia. Elle venait d’une grande ville et paraissait timide. Les autres enfants la trouvaient étrange parce qu’elle parlait doucement et aimait dessiner des choses mystérieuses dans un carnet.
Pendant la récréation, Léo la remarqua assise seule près du vieux chêne. Il s’approcha, Rouxy sur son épaule.
— « Salut, je m’appelle Léo. Et voici Rouxy ! »
Mia leva les yeux et sourit timidement.
— « Il est trop mignon, ton écureuil. Je peux le dessiner ? »
— « Bien sûr ! » répondit Léo.
Pendant qu’elle dessinait, Léo observa son talent. Ses traits étaient précis, remplis de douceur. En quelques minutes, l’écureuil semblait prêt à bondir hors du papier.
— « Tu dessines super bien ! » s’exclama Léo.
— « Merci… » répondit Mia. « Quand je dessine, je me sens moins seule. »
Léo comprit ce qu’elle voulait dire. À cet instant, il sentit qu’ils deviendraient amis.
Dès lors, ils passèrent leurs journées ensemble, explorant les sentiers du village, construisant des cabanes, et inventant des histoires. Rouxy, bien sûr, était toujours de la partie.
Le secret du vieux puits
Un après-midi d’hiver, alors que le vent soufflait fort, Léo et Mia découvrirent un vieux puits derrière l’école. Il était couvert de mousse et entouré de pierres fendues. Une plaque rouillée portait une inscription :
“Celui qui écoute le vent entendra la vérité du cœur.”
Intrigués, ils s’approchèrent. Léo lança une pierre à l’intérieur. Mais au lieu d’un simple “plouf”, ils entendirent une voix douce s’élever du fond.
— « Qui trouble mon sommeil ? »
Les deux enfants sursautèrent. Rouxy se réfugia sur l’épaule de Léo.
— « C’est… c’est le vent, non ? » balbutia Mia.
— « Peut-être… » répondit Léo, bien qu’il n’en soit pas sûr.
La voix reprit :
— « N’ayez pas peur, petits amis. Je suis l’esprit du puits des Souhaits. Si votre amitié est sincère, faites un vœu ensemble. »
Les enfants échangèrent un regard émerveillé.
— « On fait un vœu ? » demanda Mia.
— « Oui, mais un vrai, un qui vient du cœur. »
Ils se tinrent la main et murmurèrent :
— « Nous voulons que notre amitié dure pour toujours, quoi qu’il arrive. »
Un rayon de lumière jaillit alors du puits, les enveloppant d’une douce chaleur. Puis tout redevint calme.
— « C’était magique… » souffla Mia.
— « Oui… » dit Léo, le cœur battant.
Mais ils ignoraient que ce vœu allait bientôt être mis à l’épreuve.
La dispute
Le printemps revint, apportant les fleurs et les rires. Léo, Mia et Rouxy passaient des heures à jouer près de la rivière. Mais un jour, tout changea.
Lors d’un concours de dessin à l’école, Mia remporta le premier prix. Léo, qui espérait gagner lui aussi, se sentit jaloux.
— « C’est facile pour toi, tu fais que dessiner toute la journée ! » lança-t-il avec colère.
Mia resta muette, blessée.
— « Je croyais que tu étais content pour moi… » murmura-t-elle.
Léo détourna le regard.
— « Laisse tomber. »
Ce soir-là, il rentra chez lui sans dire un mot. Même Rouxy semblait triste. Pendant plusieurs jours, Léo évita Mia. Il ne savait pas comment lui parler. Il se sentait coupable, mais sa fierté l’empêchait de s’excuser.
Mia, de son côté, passait ses récréations seule, dessinant un petit écureuil sur chaque page de son carnet.
Un matin, alors qu’il pleuvait, Léo décida de retourner au vieux puits. Il voulait parler à l’esprit. Peut-être pourrait-il l’aider.
Il posa la main sur les pierres froides et dit :
— « Esprit du puits… j’ai brisé mon amitié avec Mia. Comment réparer ce que j’ai détruit ? »
Le vent souffla doucement, puis la voix se fit entendre :
— « L’amitié n’est pas un dessin qu’on efface. C’est une graine qu’on arrose. Va, offre-lui un signe de ton cœur, et elle refleurira. »
Léo comprit. Il rentra chez lui et passa la nuit à fabriquer un petit cadre avec des branches et des fleurs séchées. À l’intérieur, il glissa un dessin qu’il avait fait : lui, Mia et Rouxy, main dans la main devant le vieux puits.
La réconciliation
Le lendemain, il trouva Mia sous le chêne. Elle ne leva pas la tête quand il s’approcha.
— « Mia, je… je suis désolé. J’ai été stupide. J’étais jaloux, mais je ne voulais pas te blesser. »
Elle resta silencieuse.
Léo lui tendit le cadre.
— « Tiens. C’est pour toi. »
Mia prit le dessin, le regarda longuement, puis un sourire se dessina sur son visage.
— « Il est magnifique, Léo… Merci. Moi aussi, je suis désolée. »
Rouxy poussa un petit cri joyeux, comme pour célébrer leurs retrouvailles. Les deux amis éclatèrent de rire et se serrèrent dans les bras.
— « Tu te rappelles notre vœu au puits ? » demanda Mia.
— « Oui. Il a tenu sa promesse. »
Le jardin des trois amis
Les années passèrent. Léo et Mia grandirent, mais leur amitié resta aussi forte que ce jour d’automne où ils s’étaient rencontrés. Ensemble, ils décidèrent de transformer le vieux verger derrière la maison de la grand-mère de Léo en un jardin magique, qu’ils appelèrent le Jardin des Trois Amis.
Ils y plantèrent des fleurs de toutes les couleurs : des marguerites pour la joie, des tulipes pour la douceur, et des tournesols pour l’espoir. Mia peignit une grande pancarte à l’entrée :
“Ici poussent les graines de l’amitié.”
Les enfants du village venaient souvent les aider à arroser les plantes et à nourrir les oiseaux. Le jardin devint un lieu de rencontres et de rires. Rouxy, toujours là, sautait d’arbre en arbre, comme le gardien invisible de leur promesse.
Un jour, un petit garçon timide nommé Hugo arriva au jardin. Il venait d’emménager au village et ne connaissait personne. Léo et Mia, se souvenant de leur propre solitude passée, l’accueillirent avec bienveillance.
— « Viens avec nous ! Ici, tout le monde est ami. »
Hugo sourit timidement et se mit à planter une graine. Quelques semaines plus tard, une fleur poussa, juste à côté du vieux puits. Et à ce moment-là, le vent souffla doucement, comme un murmure familier :
— « L’amitié fleurit là où les cœurs s’unissent. »
Léo et Mia échangèrent un regard complice. Ils savaient que l’esprit du puits veillait encore sur eux.
Épilogue : la leçon du vent
Les années passèrent, encore et encore. Léo et Mia devinrent grands. Léo devint jardinier, Mia, illustratrice. Ensemble, ils créèrent un petit livre pour enfants intitulé Le Jardin des Trois Amis. Ils y racontèrent leur histoire, celle d’un garçon, d’une fille et d’un écureuil qui avaient appris que la vraie amitié ne s’achète pas, ne se gagne pas, mais se cultive chaque jour.
Et si, un jour, vous vous promenez dans un village entouré de collines vertes, peut-être entendrez-vous le vent chuchoter entre les arbres :
« L’amitié est comme une graine… arrose-la de tendresse, et elle grandira pour toujours. »
Moralité
L’amitié n’est pas toujours facile. Parfois, elle connaît des tempêtes, des jalousies, des silences. Mais si l’on prend le temps de s’écouter, de se pardonner et de partager, elle devient plus forte que tout. Comme une fleur qui renaît après la pluie.
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